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Poésies oubliées

2.3.XII - Léonore

29 Septembre 2013 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #A. Van Hasselt - Les Études rhythmiques (1876)

(1)
 

U─UU─UU─UU─
    UU─UU─UU─U

 

Voici tout le chœur des étoiles qui luit.
La lune si blanche illumine la nuit,
    Et les morts vont si vite, si vite.

« Trésor de mon cœur, écoutez un instant.
« Je n'ai qu'un seul mot à vous dire en partant ;

    « Car je dois m'en aller tout de suite.

« Le coq, ce héraut vigilant du matin,
« Va faire sonner son clairon argentin,

    « Et la nuit va céder à l'aurore.

« Je suis accouru de bien loin, mon amour ;
« Pourtant je dois faire, avant l'aube du jour,

    « Pour le moins deux cents milles encore.

« Les anges du ciel ont reçu notre foi.
« Venez et montez à cheval avec moi ;

    « Car la route en vaut certes la peine.

« Là-bas, en Bohême, au milieu du gazon,
« Là-bas je possède une fraîche maison,

    « Et j'y vais de ce pas, ô ma reine.

« Venez ; on l'a faite, ô mon cœur, pour nous deux,
« Petite et cachée aux regards hasardeux,

    « Tout au fond d'une verte bruyère.

« La nuit va finir. Hâtons-nous, mon amour.
« Je veux vous conduire avant l'aube du jour

    « À ma calme et gentille chaumière.

« Voici tout le chœur des étoiles qui luit.
« La lune si blanche illumine la nuit,

    « Et les morts vont si vite, si vite. »

« Où donc, où veux-tu me conduire, dis-moi ?
« Partir à cette heure est un rêve, ma foi ;

    « Car le coq dort encore en son gîte.

« La brume, d'ailleurs, est profonde ; il fait froid.
« La route est bien longue et ton lit bien étroit.

    « Ô mon âme, je reste où nous sommes.

« Va seul te coucher, bien-aimé de mon cœur,
« Et dors jusqu'au jour où les anges en cur

    « S'en viendront réveiller tous les hommes. »

 

(1) Il n'est personne qui ne connaisse la ballade si célèbre dont Bürger a enrichi la littérature allemande et qui est intitulée Léonore. Mais on ignore assez généralement que le fond de ce morceau est tiré d'une ballade que les philologues font remonter au VIe siècle, et dont le texte est presque littéralement reproduit dans la traduction de M. Van Hasselt.

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