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Poésies oubliées

3.3.XII. - L'Aiglon de Corse

4 Mai 2014 , Rédigé par Darius Hyperion Publié dans #A. Van Hasselt - Les Études rhythmiques (1876)

U─U─UU─UU─
  U─UU─UU─U

 

La Corse.

Qui sait, mon Dieu, ce qu'il est devenu
        L'aiglon de mes roches sauvages ?
Son aile a pris un essor inconnu,
        Ô mer, par delà tes rivages.

La mer.

J'ai vu passer ton aiglon dans les cieux.
Mes flots, à voir les éclairs de ses yeux,

        Disaient :  « C'est l'oiseau des orages ! »

────

La Corse.

Sans doute, ô France, ô cité des clairons,
        Pays amoureux de la gloire,
Son aile suit tes joyeux escadrons
        Qui font leur moisson de victoire.

La France.

Ô Corse, il vole en avant de leurs rangs.
Son
œil, rempli de rayons fulgurants,
        Sera le soleil de l'histoire.

────

La Corse.

Mon fier aiglon sur le mont Palatin,
        Où l'aigle de Rome eut son aire,
A-t-il, ô reine du monde latin,

        A-t-il dérobé le tonnerre ?

Rome.

Sa serre, ô Corse, a ses foudres puissants,
Et rien qu'à voir ses prunelles je sens
        Trembler mon rocher centenaire.

────

La Corse.

Ô sombre Égypte, voici le vieux Nil
        Pleurant sur ses rives humides.

Cambyse au fond du désert revient-il
        Chasser tes cavales numides ?

L'Égypte.

Mes sables gardent Cambyse et son char.
Gizèh voit l'aigle d'un autre César

        Planer sur ses trois pyramides.

────

La Corse.

Voilà tes trônes, Europe des rois
        Croulant sous son aile qui passe,
Et c'est en vain que le glas des beffrois
        Répand ses sanglots dans l'espace.

L'Europe.

Ton aigle, ô Corse, est l'oiseau du destin.
De tous mes rois il a fait son festin.

        À nul son courroux n'a fait grâce.

____

La Corse.

Moscou, regarde ! Ô cité d'Orient,
        Mon aigle traverse ta plaine.
Ton vieux Kremlin est son nid flamboyant.
        Le vent de l'Oural son haleine.

Moscou.

Ton aigle, ô Corse, fatigue les cieux.
Le monde est las de le suivre des yeux.
        Sa coupe de gloire est trop pleine.

____

La Corse.

Pourquoi, vautours, éperviers et corbeaux,
        Sortir de vos nids, de vos aires ?
Brigands du ciel, quels sinistres tombeaux
        Appellent vos becs et vos serres !

Les oiseaux de proie.

Nous sommes vingt, et ton aigle est tout seul.
La gloire même appartient au linceul,
        L'immense océan aux corsaires.

____

La Corse.

Les noirs vautours sont entrés dans son nid,
        Corbeaux, éperviers, pêle-mêle,
Vers vous, sommets de son roc de granit
        Eux-mêmes hasardent leur aile.

L'Angleterre.

Ma main lui forge une cage de fer.
Pour porte-clefs je lui donne la mer.

        Ô Rome, Carthage s'en mêle !

____

La Corse.

Mon aigle est mort ! Et voilà désormais,
        Hélas ! que mon ciel reste vide.
L'oubli va-t-il sur mes mornes sommets
        Jeter son nuage livide ?

L'Histoire.

Ton aigle est mort, mais son grand souvenir
Vivra toujours dans l'immense avenir
        Où l'urne des siècles se vide.

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